XAVIER RECKINGER : « LES RED LIONS SONT À 70 % DE LEURS POSSIBILITÉS »

A 30 ans, et après 322 sélections, Xavier Reckinger a tout vécu en équipe nationale. Il possède d’ailleurs l’un des palmarès internationaux les plus impressionnants du hockey belge puisqu’il a participé à deux JO, six Championnats d’Europe, un Champions Trophy et il dispute actuellement sa seconde Coupe du monde. Seul rescapé de l’équipe de 2002 (il avait alors 17 ans et venait de rejoindre le groupe quatre mois plus tôt), il conscientise mieux que quiconque le chemin parcouru depuis la dernière participation belge à une Coupe du monde.

Xavier, tu faisais déjà partie de l’équipe lors de la dernière Coupe du monde 2002. Qu’est-ce qui a changé en douze ans ?
« Tout. Même si ce les gens ne réalisent pas, qu’à l’époque, nous avions aussi beaucoup de bons joueurs comme Mick Beunen ou Marc Coudron Mais, il y a 12 ans, il n’y avait pas d’encadrement digne de ce nom, pas de professionnalisme et donc pas de résultats ! Les joueurs ne faisaient pas le choix de tout donner pour le hockey. Ils se consacraient à leur carrière à leurs études. La mentalité était naturellement tout différente. »

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© Philippe Demaret – Okey.be

Le hockey a lui aussi terriblement changé ?
« Bien entendu. Je suis retombé récemment sur des images vidéo du tournoi. Tout va beaucoup plus vite et nous gardons, aujourd’hui, beaucoup plus la balle. A l’époque, nous ne pouvions pas rivaliser avec les Pays-Bas ou l’Allemagne. C’était réellement une autre époque. Aujourd’hui, tout s’est professionnalisé et c’est uniquement grâce à cela que nous avons commencé à obtenir des résultats convaincants. »

Le groupe actuel semble extrêmement serein et sûr de lui ?
« C’est normal. Malgré la moyenne d’âge assez basse de l’équipe, tous les joueurs ont déjà disputé de grandes compétitions internationales. Nous possédons aussi de véritables stars internationales comme John John Dohmen, Felix Denayer ou Tom Boon. Notre entrejeu peut très certainement être considéré comme le meilleur du monde. Mais c’est le collectif qui constitue notre force principale même avec ces redoutables individualités. »

Pour en revenir au tournoi, vous êtes sur les bons rails avec ce six sur six ?
« C’était notre objectif. Face à l’Inde, nous avons très bien joué mais nous avons tout simplement oublié de marquer. Contre la Malaisie, il y a eu un peu plus de déchet technique, surtout en première période. Mais même si nos deux matchs ont été corrects, il y a encore des progrès à effectuer surtout que nous allons affronter des adversaires bien plus redoutables durant les trois derniers matchs, à commencer par l’Australie. »

Justement, comment abordez-vous ce duel face aux Kookaburras ?
« On les a affronté en Inde en janvier. Ce sont des rencontres qui sont toujours très serrées. Ils commencent toujours les vingt premières minutes avec beaucoup d’énergie et en mettant beaucoup de pression. Ils essaient d’asphyxier leur adversaire dès l’entame des débats. »

On peut s’attendre à une grosse bagarre physique ?
« Ils jouent homme sur homme sur tout le terrain. Ils pressent énormément. Et leurs attaquants sont donc continuellement fatigués. Notre système nous permet de peut-être moins nous dépenser puisque nous jouons en zone dans le milieu de terrain et en défense. Donc nous aurons éventuellement un léger avantage. Mais nous sommes parfaitement préparés donc je pense que nous avons aussi une belle carte à jouer. »

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© FIH

Depuis les deux victoires lors de la demi-finale World League, à Rotterdam, est-ce qu’il y a eu un déclic face à cette nation ?
« Je ne sais pas si on peut réellement dire cela. C’est battre une première fois une équipe qui est toujours le plus compliqué. Cela a été le cas face à l’Allemagne, puis aux Pays-Bas et enfin face à l’Australie. Depuis lors, on obtient de meilleurs résultats face à ces nations. Il faut créer un antécédent et puis cela facilite les choses. Maintenant, ces équipes restent encore clairement favorites. Nous sommes toujours cinquièmes au classement mondial. Et eux demeurent tout de même les champions du monde en titre. Ils sont donc favoris même si nous avons toutes nos chances de réussir un résultat face à eux. »

L’objectif est de décrocher la deuxième place dans cette poule A ?
« Actuellement, nous sommes premiers du groupe ex-æquo. Nous visons donc la première place. Il n’y a pas de doute là-dessus. L’objectif, c’est de terminer à l’une des deux premières places de la poule mais si on décroche cette première place, ce sera encore mieux. Nous avons les cartes en main et nous allons essayer de remporter ce match face à l’Australie. »

Le véritable match décisif, ce sera face à l’Angleterre ?
« Si on bat les Australiens, ce sera déjà une tout autre histoire. Mais, c’est effectivement un scénario envisageable même s’il ne faut pas non plu négliger l’Espagne. C’est une très bonne équipe avec pas mal d’expérience, et ce, même s’ils n’ont pas eu l’occasion de compter sur une bonne préparation vu la situation économique dans le pays. Mais battons d’abord l’Australie et puis nous verrons les schémas possibles pour la suite. »

Quelle est encore votre marge de progression ?
« Je pense que nous évoluons actuellement à 70% de nos possibilités. Si tout va bien, et que nous atteignons les demi-finales, il nous reste encore cinq matchs à disputer. Il y a encore de nombreux aspects que nous pouvons améliorer comme nos p.c. Nous devons aussi éliminer le peu de déchet qui reste dans notre jeu. Attention, les spectateurs ne voient pas ces détails. Ils sont aux anges parce que nous gagnons. Mais si nous voulons aller chercher une médaille, il va falloir monter notre niveau encore un cran au-dessus. »

Laurent Toussaint (à La Haye)

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© Marc Lequint

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