John-John Dohmen : « Je suis la preuve que rien n’est impossible »

Lorsqu’à 16 ans à peine, le Brabançon effectue ses premiers pas timides aux entrainements de l’équipe nationale, à la fin de l’été 2004, ils étaient peu à imaginer que ce jeune garçon frêle et réservé, aux bouclettes abondantes (ce qui lui a valu rapidement le surnom de « Bigou »), réaliserait une carrière en tous points exemplaires sous le maillot des Red Lions. Compétiteur hors-pair, infatigable travailleur et professionnel intransigeant, John-John Dohmen a vécu une magnifique histoire d’amour avec les Red Lions dont il a d’ailleurs été capitaine de 2014 à 2016. Avec son célèbre numéro 7 sur le dos, le Ittrois s’est baladé aux 4 coins de la planète et a été l’un des principaux artisans du remarquable et impressionnant parcours de cette équipe qui a atteint le sommet du hockey mondial. Champion du monde et d’Europe, il veut remporter l’or olympique à Tokyo, cet été, avant, pourquoi pas, de poursuivre l’aventure et de rêver, encore, à de nouveaux défis. A 33 ans, le milieu de terrain revient sur un parcours hors du commun. 400 pas qui lui permettent, aujourd’hui, d’entrer définitivement au panthéon du hockey mondial…

John-John Dohmen, vous vous souvenez de ce premier match sous le maillot des Red Lions ?
« C’était le 25 octobre 2004, à Rome, face à l’Italie. Mais je n’ai plus aucun souvenirs du résultat (NDLR : victoire 4-5) ni même de la manière dont s’est déroulé la rencontre. Je n’avais que 16 ans. Mon sentiment est que je m’étais bien amusé mais que je n’avais aucune idée de si j’avais bien joué ou pas. J’effectuais mes premiers dans l’équipe dirigée par le Sud-Africain Giles Bonet qui devait se reconstruire après l’échec de la non-qualification pour les Jeux d’Athènes. Durant l’été, j’étais capitaine de l’équipe championne d’Europe U16, à Bristol. Le premier titre d’une équipe belge !»

C’était un objectif de devenir international ?
« Pas réellement. C’est Pascal Kina, qui officiait alors comme T2, qui m’a appelé pour me demander de rejoindre le groupe qui s’entrainait 2 fois par semaine. A cette époque, l’équipe nationale ne passait jamais à la télévision et elle ne faisait pas réellement rêver. C’était jouer en division d’honneur qui était important pour les jeunes. Et j’allais d’ailleurs disputer ma première saison en équipe première au Léopold où j’avais débuté le hockey à l’âge de 5 ans. »

Quel est le meilleur souvenirs de cette épopée et de ces 400 rencontres ?
« C’est tellement difficile. Mais je pense que je pointerai tout de même la rencontre face aux Pays-Bas en demi-finale des Jeux de Rio, en 2016. Après notre victoire, nous nous sommes dit que nous avions enfin réussi quelque chose de grand avec cette équipe. Cela faisait déjà 12 ans que je m’entrainais tellement dur pour décrocher une médaille dans un grand tournoi. C’était à la fois une délivrance et le fruit d’un travail acharné. Mais nous savions également qu’il ne s’agissait que d’un début… »

Photo : Belga

Vous ne pointez pas le titre de meilleur joueur mondial remporté en 2017 ?
« Pourtant, cette récompense représente énormément. Je suis le premier Belge à avoir été sacré pour mes prestations durant l’année 2016. Cela revêt encore plus d’impact de s’imposer après une année olympique. Je n’aurais jamais imaginé m’imposer alors qu’on m’a sans cesse répété que j’étais un travailleur de l’ombre ou un joueur sous-estimé. J’ai entendu cela toute ma carrière. Mais ce trophée est surtout la preuve que rien n’est impossible. Ces titres individuels mondiaux ont réellement changé notre statut en Belgique. Toutefois, ce sacre implique une pression supplémentaire sur le terrain. Tu n’as pas le droit à l’erreur. Nous en avons parlé quelques fois avec Arthur Van Doren (NDLR : lauréat en 2017 et 2018) et cela a également été difficile à vivre pour lui pendant des mois.»

Quel est en revanche votre pire souvenir ? La défaite en finale des JO, à Rio, en 2016, ou d’avoir loupé le titre mondial, à Bhubaneswar, fin 2018 ?
« Aucun des 2 ! Mon plus mauvais souvenir avec les Red Lions demeure la Coupe du monde 2014 à La Haye. Nous évoluions à un très niveau mais nous avons foiré (sic) notre match face à l’Angleterre alors que nous avions toutes les cartes en main pour aller très loin. Lors de la finale olympique, nous sommes passés à côté de certains moments clés et cela nous a coûté l’or. Tout cela devant un stade acquis à la cause de nos adversaires avec plus de 14.000 Argentins dans les tribunes. Je reconnais toutefois que nous étions certainement moins au point que lors des rencontres précédentes mais c’est le sport.  »

Et votre forfait durant la Coupe du monde en raison d’une forme très rare de pneumonie ?
« Pour moi, cela constitue un moment à part. Je ne pouvais rien y faire. Je ressens juste la frustration de ne pas avoir pu être là au moment où on a remporté la finale. Mais j’ai apporté tout ce que je pouvais jusqu’à mon départ. Avec ou sans moi, nous savions que nous pouvions remporter ce titre. Je n’y accorde donc plus trop d’importance… »

Vous avez des regrets ?
« Non, aucun. Juste des déceptions. »

Lesquelles ?
« Comme je l’expliquais, la Coupe du monde à la Haye. Mais également la finale olympique à Rio ou certains tournois ratés comme l’Euro 2015 à Londres ou la non-qualification pour le Mondial à Quilmès, en 2010. »

Une remarquable régularité

Que représente réellement ce 400e match sous le maillot national ?
« J’y pense pas mal depuis que je suis aux alentours des 380 sélections. J’ai envie d’y arriver et j’espérais que cela se déroule avant 2021 mais j’étais blessé pour les 2 duels disputés en Allemagne. C’est un peu frustrant car j’ai été freiné dans mon élan. Quand tu regardes les joueurs qui figure dans ce cercle ferme, tu as vite compris. Cela signifie que je n’ai jamais lâché et que j’ai été régulier dans ma carrière. Cela implique également pas mal de sacrifices et d’heures entrainements. Et cela représente au minimum 400 matchs en club. »

Honoré de figurer aux côtés de légendes comme Barry Middelton ou Teun De Nooijer ?
« Ce sont des joueurs que j’apprécie énormément. J’adore leur mentalité sur le terrain. Ils veulent gagner tous les matchs et c’étaient réellement des exemples pour moi. Et aujourd’hui, nous sommes réunis dans ce cercle. C’est un honneur. »

Quel sentiment avez-vous éprouvé en dépassant le record de Marc Courdron (358 sélections) ?
« Pour être honnête, ce chiffre semblait inaccessible. Je voyais plutôt cela comme un challenge. L’objectif n’était certainement pas de le battre juste pour le dépasser. »

Qu’est-ce qui a changé en équipe nationale entre vos débuts et aujourd’hui ?
« La seule chose immuable, c’est l’ambiance. On rigole énormément. C’est une véritable tradition dans le groupe. On se charrie énormément. Cela fait partie de l’ADN de l’équipe comme le second degré. Lors de mes débuts, on s’entrainait moins et nous souhaitions simplement participer aux grands tournois. Et c’était déjà énorme à l’époque. Il ne faut pas certainement pas dénigrer cela. Il faut tout remettre dans le contexte. Se qualifier pour une compétition internationale, il y a 15 ans, c’était comme gagner un tournoi. »

Et dans le jeu ?
« A la balle, cela n’a plus rien à voir. Nous portons notre attention sur le fait de garder la balle et d’attaquer au bon moment. Nous possédons une bien meilleure gestion du match. Mais défensivement, nous évoluons de la même manière. Rien n’a changé depuis 8 ans. Nous avons juste perfectionné certains aspects. »


Photo : FIH.

Vous pensiez que la Belgique pourrait atteindre ce niveau et décrocher la place de numéro 1 mondial ?
« Très honnêtement, oui. Pas en 2004 effectivement mais dès les Jeux de Londres, en 2012, je pensais que nous pouvions y parvenir. »

Et le plus difficile, c’est d’y arriver ou d’y rester ?
« Il n’y a pas photo. C’est d’y arriver ! »

Quel est le secret de votre longévité ?
« Mon hygiène de vie certainement mais aussi la passion. J’ai toujours envie de gagner et je reste motivé pour atteindre les objectifs. Je ne vis que pour la compétition. Et c’est l’adrénaline de ces moments intenses qui me font vibrer. »

Vous prendrez votre retraite internationale après Tokyo ?
« Je ne sais pas. »

Ce n’est pas ce que vous aviez annoncé auparavant ?
« Exact (Sourire). Mas je ne préfère pas répondre à cette question. Cela dépendre de ma forme physique. Suite au report des Jeux, je vois que je suis très bien physiquement et je reste toujours en forme. Alors que je ne veux pas prendre de décision hâtive. »

Vous possédez un diplôme d’ostéopathe ? Mais est-ce la profession que vous exercerez quand vous mettrez un terme à votre carrière ?
« C’est une très bonne question. Je ne sais pas encore même si le coaching fera évidemment partie de ma vie. Est-ce que je vais combiner cela ou pas avec l’osthéo ? Aujourd’hui, je ne le sais pas. »

La Belgique peut-elle réussir le triplé historique et s’imposer à Tokyo l’été prochain ?
« Oui. C’est toujours possible mais ce sera peut-être moins évident que si les Jeux s’étaient disputés l’été dernier. Quoique… Il existe un paramètre que je ne connais pas. A savoir comment les autres nations ont pu s’entrainer durant ces 10 derniers mois. De notre côté, nous avons eu la chance de pouvoir continuer à nous entrainer tous ensemble. »

Toute autre médaille serait une immense déception non ?
« On ne peut pas dire cela. Quand tu remportes une médaille olympique, tu ne peux pas être déçu. Mais c’est évident que tout dépendra des circonstances. Si on passe au travers de notre finale, je serai déçu de ne pas gagner l’or. Si on s’incline face à plus fort que nous en demi-finale et que l’on empoche le bronze, il faudra s’incliner. Mais, en tous les cas, je ne veux pas remporter l’argent pour une seconde fois… »

Entretien : Laurent Toussaint, In Le Soir, samedi 6 février 2021.

Le club des 400 sélections internationales :

1. Teun de Nooijer (Pays-Bas) 453
2. Barry Middelton (Angleterre) 432
3. Dilip Tirkey (Inde) 412
4. Waseem Ahmed (Pakistan) 410
5. Jeroen Delmee (Pays-Bas) 401
6. John-John Dohmen (Belgique) 400

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