L’EHL, un véritable laboratoire

Lancée à grands renforts de pub et de communication, en octobre 2007, aux Pays-Bas, la prestigieuse compétition européenne, qui en est déjà à sa onzième édition, a toujours été novatrice et révolutionnaire. L’Euro Hockey League, souvent comparée à la Ligue des champions du football, a rapidement séduit et s’est positionnée, dans la foulée, comme une véritable référence à la pointe du hockey mondial. A l’initiative du projet : la société néerlandaise Pro Sport, une agence média et marketing spécialisée en sport. Son idée ? Mettre sur pied une grande compétition européenne afin de relancer l’intérêt du hockey de clubs sur le vieux continent.

Le nouveau format, qui veut repousser les barrières et tester de nouvelles règles, tranche dès sa première édition avec l’ancienne formule, en perte de vitesse. La volonté des organisateurs est alors d’installer un rendez-vous innovant, mais surtout plus excitant et plus spectaculaire, tout en offrant de nouvelles opportunités commerciales aux clubs (plus de visibilité, plus de spectateurs, une meilleure qualité de retransmission des matchs, etc.).

Et dès son lancement, l’EHL joue à fond son rôle de précurseur. Le tournoi se veut pionnier en matière des nouvelles règles. Il se transforme en un véritable laboratoire qui permet de tester une série de nouveautés devenues, aujourd’hui, les principaux fondements du hockey moderne. La self-pass, qui remplace les coup-francs, demeure certainement l’évolution la plus pertinente de cette évolution puisqu’elle a fondamentalement changé le jeu en accélérant la vitesse et l’intensité des matchs. L’introduction des quart-temps, des cartes vertes (et des deux minutes de suspension qui l’accompagnent), de l’arbitrage vidéo, des shoot-out ou de la possibilité de jouer la balle au-dessus de l’épaule (en position non dangereuse), ont permis au hockey d’attirer un nouveau public.

« C’est évident que l’EHL a joué un rôle essentiel dans l’évolution de la discipline, souligne Jeremy Gucassoff, le gardien du Racing, qui a disputé, face au Dinamo Kazan, son 12e match européen en 5 participations. Toutes ces innovations sont remarquables. C’est excitant d’avoir pris part à cette mutation qui a permis une fluidité accrue dans le jeu. Cette compétition dispose grâce à cela d’une aura particulière. C’est la seule occasion de pouvoir jouer contre des équipes étrangères de top niveau. »

Du côté des arbitres également, l’EHL a séduit, comme le confirme Sébastien Duterme, le numéro 1 de l’arbitrage belge. « Les organisateurs ont toujours procédé avec beaucoup de justesse, en restant au service de la discipline. La self-pass a ainsi accéléré et fluidifié le jeu pour le rendre plus spectaculaire. Je suis, en revanche, plus sceptique face à certaines évolutions comme la nouvelle règle de cette saison qui accorde deux points pour un but marqué de plein jeu. Pour l’avenir, je pense qu’il faut se concentrer sur des adaptations concernant les points de règlement laissant une trop grande part à l’interprétation personnelle. C’est le cas, par exemple, pour le coup franc en bord de cercle et les 5 mètres à parcourir. Ce n’est pas suffisamment lisible pour les non-initiés et l’appréciation de l’arbitre demeure trop importante. »

Mais la formule est gagnante puisque l’intérêt du public ne faiblit pas. L’EHL affichera quasi complet durant les quatre jours de compétition. Une performance remarquable avec un stade pouvant accueillir 6.433 spectateurs. L’organisation a ainsi déjà battu un premier record pour cette édition 2018 avec 5.800 tickets vendus pour la seule journée de samedi.

Laurent Toussaint (à Rotterdam), In Le Soir, vendredi 30 mars 2018.

Photo : Frank Uijlenbroek/world Sport Pics.

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