MATTHIEU DE MOT NE PEUT PLUS JOUER AU HOCKEY

Cette semaine, nous avons reçu un courrier de Matthieu De Mot afin de nous demander de relayer sa tristesse et sa colère suite à une erreur administrative qui l’empêche de jouer au hockey en nationale 2. Tout le monde se souvient du célèbre tour du monde réalisé par Matthieu, aux côtés de son frère Lucas. Les deux Bruxellois ont parcouru plus de 30.000 kilomètres et sont revenus au pays, le premier septembre dernier.

Lucas a repris le hockey sous le maillot de l’équipe première du Racing mais son frère après avoir repris le collier en Nationale 2, a vu son équipe se faire pénaliser d’un forfait à cause de sa participation au premier match de la compétition. « Le Racing nous a désaffilié, Lucas et moi-même, l’an dernier, à notre insu, et a oublié de nous réaffilier lors de notre retour. Nous n’étions pas au courant de la situation jusqu’à ce que mon équipe soit pénalisée d’un forfait puisque j’ai pris part à cette rencontre. »

« Etant donné que le championnat DH a débuté 5 jours après celui des autres catégories, la situation de Lucas a pu être sauvée, poursuit encore Matthieu. Cependant, ce n’est pas mon cas et après plusieurs recours tentés auprès de l’ARBH, ils se montrent inflexibles par rapport à ma situation exceptionnelle. »

Le joueur du Racing nous demande, dès lors, de publier la dernière lettre envoyée à la Fédération « afin de mettre tous les hockeyeurs et hockeyeuses du Royaume au courant de cette situation inacceptable et afin de les prévenir d’être davantage rigoureux pour leur affiliations/réaffiliations futures. »

Lettre :

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Si je vous adresse cette ultime lettre, ce n’est pas pour vous expliquer la situation dans laquelle je me suis subitement retrouvé, car je sais que vous la connaissez déjà, mais pour vous faire part du désarroi et de l’incompréhension dans laquelle je me trouve aujourd’hui face à la position inflexible adoptée par la Fédération.

Je n’espère pas, ou je n’espère plus, que vous changiez ma situation administrative qui me sanctionne aujourd’hui en m’empêchant de jouer en Nationale 2 avec mon équipe et mes amis. J’espère uniquement que cette lettre permettra de vous sensibiliser sur les conséquences de vos propres interprétations des règlements de l’ARBH, par rapport aux objectifs qu’ils poursuivent. Peut-être puis-je aussi espérer que cette lettre vous permettra de modifier – voire d’améliorer – ce(s) règlement(s) afin qu’il n’y ait plus jamais un joueur ou une joueuse qui se retrouve pénalisé comme je le suis aujourd’hui, par l’application stricte et froide d’une règle qui vise manifestement un autre cas que celui auquel je suis confronté.

Comme vous le savez, je viens d’effectuer un tour du monde à vélo avec mon frère Lucas. Bien que nos objectifs sportifs et environnementaux aient été médiatiquement mis en avant, tout comme nos statuts de hockeyeurs et nos intentions à notre retour, il s’agissait surtout, pour nous, de se donner l’occasion de s’ouvrir à d’autres sociétés, d’autres modes de vie, d’autres modes de socialisation. Pendant un an, nous avons cherché, tous les soirs et parfois des heures durant, un endroit où dormir. Pendant un an, nous avons été dépendants, tous les jours, de l’aide de ces personnes qui se sont retrouvées sur notre route, et qui ont compris que nous étions dans le besoin. Sans ces personnes, nous n’aurions pas pu réussir notre défi.

Il est évident qu’un tel voyage nous a ouvert les yeux sur nos propres personnalités, nos caractères, nos valeurs et notre société. Nous nous sommes rendu compte que nous avions la chance de vivre dans un pays qui ne connait pas la corruption militaire, ou que nous avions le bonheur de vivre dans une société qui ne connaît pas les mêmes conditions de pauvreté et d’insalubrité que connaissent les habitants de certaines régions.

La prise de conscience des chances qui nous sont offertes s’accompagnent de la découverte, bien amère, de celles qui nous sont volées.

Malheureusement, et dès mon retour, j’ai donc été contraint de constater, après avoir été empêché de pouvoir jouer cette saison en Nationale 2 au Racing, soit dans mon club (sans transfert) et avec mes copains, que nous vivons dans un pays où les règlements existants ont un pouvoir absolu sur les personnes concernées. J’ai dû en effet constater que, pour le cas qui nous occupe, et malgré les valeur familiales et amicales qui sont prônées par le Hockey en Belgique, nous vivons dans un pays où une personne/un joueur, victime d’une injustice ou d’une erreur administrative, se voit sanctionné de manière irrévocable sans qu’une exception puisse lui être accordée, voire même sans que cette exception ne soit examinée.

Vous me dites que cela ouvrirait la porte à tous les abus et engendreraient un grand nombre de recours. La question que j’ai envie de vous poser est la suivante : d’où vient le mot  » exception  » si ce n’est l’évaluation d’un cas pénalisé par un règlement dont il n’est pas l’objectif initial et principal ? N’est-il pas votre devoir et votre responsabilité de remettre en question votre règlement si celui-ci comporte une imperfection au risque que d’autres personnes, effectivement, tentent un recours par la suite ? J’ai le sentiment que cette crainte vous empêche d’assumer cette responsabilité qui vous incombe, et je le regrette. Pourtant, c’est de votre aide dont j’ai besoin aujourd’hui.

L’article 12 du règlement sportif évoque :

« Tout membre adhérent à l’ARBH via un Club membre de l’ARBH, et ce au plus tard le dernier mercredi précédant le début du Championnat, pourra participer aux Championnats des Divisions Nationales avec ce Club.

Tout joueur membre adhérent à l’ARBH, et ce, après le dernier mercredi précédant le début du Championnat, ne pourra dès lors pas participer aux compétitions nationales. »

Cet article a été créé – et vous me corrigerez si je me trompe – dans le seul objectif d’empêcher que le transfert d’un joueur ou une joueuse ne viennent perturber un championnat déjà en cours. On parle ici principalement de joueurs étrangers ou autres transferts en Belgique même. Cette règle a d’ailleurs, et sauf erreur, essentiellement été mise en place pour prévenir de tels abus dans le cadre des championnats DH.

Il ne s’agit aucunement de mon cas étant donné que je suis resté membre du Racing. Ma désaffiliation a été faite à mon insu, vous le savez, il m’était donc impossible de me réaffilier à temps étant donné que j’ignorais que j’avais à le faire et ce, jusqu’au premier jour du championnat où l’on m’informe alors que je ne suis pas dans la liste des affiliés et donc ne peux jouer le premier match.

Contrairement à ce que vous invoquez, sans même examiner mon cas de manière approfondie, je représente une exception. Aucun autre cas similaire ne s’est à ce jour présenté à vous (arrêt du hockey pour des raisons humanitaires pendant 1 an, désaffiliation automatique et inconnue du club, absence de transfert, absence de volonté d’évoluer dans un championnat DH, affiliation tardive de quelques jours seulement justifiée par un retour en Belgique tardif…).

Je considère donc qu’il y a une sanction démesurée qui est faite à mon égard étant donné que je ne corresponds nullement à l’objectif et à la ratio initialement visés par l’article précité.

Une deuxième remarque pour cet article 12 est l’utilisation insidieuse des pluriels. Aucune distinction et aucune précision ne sont faites concernant les différentes divisions nationales d’un même club, or vous me permettez de jouer en Division Nationale Honneur et en Réserve Nationale et non en Nationale 2. Vous faites manifestement une distinction dans votre interprétation qui s’apparente à une discrimination positive…

Le règlement sportif est une chose, et je comprends son utilité et son importance. Mon incompréhension la plus grande demeure aujourd’hui face à l’obstination et l’insensibilité démontrée face à mon cas particulier et exceptionnel, je le répète.

La désaffiliation à mon insu pose, sur ce point, également problème. Le règlement administratif permet en effet qu’un club puisse désaffilier un de ces membres sans son accord. Est-il normal qu’il ne soit pas contraint, au moins, de l’en avertir ? Imaginons la situation suivante : un club désaffilie un de ses membres pour une raison non valable et/ou non amicale. Ce membre se présentera, en toute ignorance, le premier jour du championnat et comprendra alors qu’il ne pourra pas jouer avec son équipe et devra attendre un an complet avant de pouvoir à nouveau jouer dans la division où il souhaite et est censé évoluer. Quels sont les recours possibles qui lui sont alors ouverts? Vous semblez considérer aujourd’hui qu’il ne dispose d’aucun recours, sa seule alternative étant de se résigner et d’accepter ce geste et cette erreur. Seriez-vous alors prêt à envisager une exception pour ce membre sanctionné par cette injustice ou vous montrerez-vous fermé à toute solution et confirmerez ainsi votre position obtue comme celle que vous avez décidé d’adopter à mon égard ?

Comprenez mon désarroi dans cette situation dont je ne suis que victime et qui m’est tombée dessus si subitement suite à mon retour de voyage.

J’espère en tout cas que mes arguments et l’expression de mon point de vue vous permettront de vous éclairer sur les raisons de mes recours précédents.

Je tiens également à préciser que je n’ai aucun reproche ni d’amertume vis-à-vis du Racing, qui m’a soutenu et me soutient, allant jusqu’à s’excuser pour cette erreur administrative qui n’est pas le résultat d’une personne mais bien d’une administration au sens large…

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de mes sentiments distingués.

Matthieu De Mot

Commentaires

One Comments

  1. Reply Post By benoit mabille

    un gars avec une personnalité comme ça ne peut-être qu’un apport benefique à n’importe quelle association, organisation ou autre et donc il faut faire un effort pour le garder. C’est évident.

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