PIERRE GOUGNARD : « LE TOP NIVEAU NE LAISSE PLUS LE DROIT À L’ERREUR ! »

En complément à l’article paru ce lundi matin dans le journal Le Soir sur les chantiers de l’arbitrage dans notre pays, voici l’interview complète réalisée avec Pierre Gougnard qui va fêter dans quelques jours, sa première année de Présidence à la tête du Comité d’arbitrage de l’ARBH.

Pierre, le niveau de l’arbitrage en Belgique est-il si mauvais que certaines personnes veulent bien le dire ?
« Je ne pense pas que la majorité des gens estiment que l’arbitrage belge soit mauvais. L’ARBH a réalisé un sondage auprès de représentants des clubs qui laisse au contraire apparaître un bon degré de satisfaction. Il ne faut pas se baser sur les critiques que l’on peut entendre durant les rencontres, pour la plus grande majorité inexistantes une heure après, s’il s’agit d’apprécier sérieusement le ou plutôt les niveaux de l’arbitrage. »

Selon toi, pourquoi toutes ces critiques sur les prestations des arbitres ?
« Sauf à me faire taxer d’employer une langue de bois, les arbitres commettent bien évidemment des erreurs. Il y a les choses que l’on ne voit pas, et un bon arbitre ne siffle que ce qu’il voit. Arbitrer c’est aussi parfois interpréter – faute volontaire ou pas, etc. – et plusieurs interprétations sont parfois défendables. Je n’ai pas véritablement de données objectives permettant d’affirmer que les arbitres seraient plus critiqués aujourd’hui qu’auparavant. »

Mais il y a cependant plusieurs raisons qui pourraient l’expliquer ?
« Très clairement et je pense pouvoir en donner au minimum trois. Il y a premièrement la méconnaissance des règles. Avec l’augmentation du nombre de spectateurs, dont une partie croissante n’a pas de connaissance des règles, les arbitres sont régulièrement confrontés à des spectateurs qui hurlaient pendant le match mais qui, après avoir reçu l’explication de l’arbitre après la rencontre, finissent par admettre que celui-ci avait raison. Les joueurs n’ont pas toujours une connaissance optimale non plus. Deuxièmement, il faut pointer la professionnalisation des encadrements des équipes. Les enjeux ne sont plus uniquement sportifs, la pression est plus forte. »

Et la dernière, quelle est elle ?
« Il est évident pour tous ceux qui arpentent régulièrement les terrains de hockey, que le sport a beaucoup évolué. Le jeu est beaucoup plus rapide Là où avant, les matches de hockey étaient bien menés par des arbitres (souvent anciens joueurs), qui arbitraient en bon père de famille, le hockey moderne requiert des arbitres sportifs, passionnés et engagés. L’apprentissage prend plus de temps, et le top-niveau ne laisse plus de droit à l’erreur, surtout avec la self-pass. »

Que faire pour changer l’image de l’arbitrage dans notre pays ?
« Nous avons plusieurs chantiers en cours, à commencer par l’amélioration de la condition physique des arbitres. Après une phase de conscientisation de l’importance de la condition physique, le comité d’arbitrage a mis à la disposition des arbitres un programme physique quasi personnalisé adapté à la spécificité de l’arbitrage. Enfin, depuis cette saison, nous avons instauré des tests physiques contraignants (en fonction des âges et des divisions), dont le niveau augmentera chaque année. Et les arbitres qui n’atteignent pas leur niveau requis ne sont pas désignés dans ladite division. Nous souhaitons pouvoir, par une augmentation importante du nombre d’arbitres, créer une véritable concurrence, et donc à terme une véritable sélection. »

Cela passe donc par la formation des jeunes…
« Exactement, je souhaite développer l’arbitrage en priorité chez les jeunes, en faisant comprendre qu’il s’agit d’un véritable sport, impliquant non seulement le développement d’une bonne condition physique mais surtout d’une personnalité forte, ce qui suppose la capacité de se gérer et de gérer les autres, le contrôle de ses émotions et la gestion de celles des autres, le tout en prenant du plaisir. Ceci dit, il faut à mon avis une beaucoup plus grande sévérité à l’encontre des remarques – le mot n’est pas assez fort – des joueurs pendant les rencontres. Même si ce n’est pas un problème belgo-belge, car plusieurs de nos nations voisines ont décidé récemment d’attaquer prioritairement ce problème, dont les Pays-Bas, je trouve que la situation en Belgique est assez « critique ». C’est clairement devenu une priorité. »

Quel est le gros chantier qui doit être entamé au plus vite ?
« L’augmentation du nombre d’arbitres, pour créer une émulation, une concurrence. Une meilleure formation et un meilleur accompagnement des arbitres par le développement du coaching, par la vidéo, etc. »

Enfin, comment l’arbitrage belge est-il perçu au niveau international ?
« L’arbitrage belge me semble plutôt bien perçu à l’étranger. L’augmentation du niveau de notre championnat, les bons résultats de l’équipe nationale et des clubs belges en EHL sont des facteurs importants. Nos arbitres reçoivent de bons échos de leurs tournois. A eux à démontrer à travers leurs prestations et leur disponibilité qu’ils ont les moyens d’atteindre le top. Mais il est toutefois regrettable que nous n’avons pas suffisamment de représentants belges dans les comités décisionnels des instances internationales, car, même à ce niveau, ça joue… »

Entretien : Laurent Toussaint

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