Para hockey : l’inclusion comme pierre angulaire du projet

Dimanche dernier, début d’après-midi, à Boom, les cris et les rires fusent du terrain B, après le duel de division d’honneur opposant le Brax au Dragons. Les joueurs de la section Para-hockey des deux clubs s’affrontent avec passion. Cela fait maintenant 10 ans que les premiers moins valides ont commencé à pratiquer la discipline un soir d’octobre 2009 au Wellington. « Nous étions 4 sur le terrain, deux joueurs et deux coachs, se souvient avec nostalgie Etienne Bocken, initiateur de l’asbl Hockey Together chargée de promouvoir la discipline en Belgique. Kévin et Mohammed étaient tous les deux âgés de 17 ans. Ils ont été les tous premiers à fouler le terrain et à s’essayer au Para-hockey. Le club a tout de suite été enthousiasmé par le projet et par l’idée. Nous acceptions tous les handicaps quels qu’ils soient. Les joueurs devaient juste savoir marcher et voir la balle. »

Les clubs accueillent, aujourd’hui, toutes les personnes présentant un handicap (sensoriel, mental et comportemental), sans limite d’âge pour autant qu’il ne rende pas impossible l’apprentissage du hockey. Retard mental, trisomie, traumatisme crânien, hémiplégie, autisme… Parce qu’être différent ne veut pas dire devoir être exclu. « Cette mixité d’handicaps constitue une véritable richesse, poursuit Etienne Bocken qui a décidé, en juin prochain, d’effectuer un pas de côté après 10 années de travail acharné. La volonté initiale était de regrouper tout le monde ensemble et d’impliquer immédiatement les parents. Je ne voulais pas que notre projet se transforme en garderie. L’inclusion est essentielle et tellement enrichissante. »

Et les joueurs qui pratiquent le Para-hockey sont de véritables passionnés qui ne manqueraient pour rien au monde leur rendez-vous hebdomadaire avec leurs coéquipiers. « Ils sont vraiment mordus dès qu’ils prennent un stick en main, conclut encore celui qui a lancé la discipline dans notre pays. Ils sont souvent très sensibles aux compliments et aux commentaires que nous pouvons leur faire sur leurs prestations. Ils adorent la compétition et pratiquer des jeux. Notre principal souci est la sécurité. Nous veillons sur tout. Ne pas faire monter la balle ou l’utilisation du stick. Mais l’apprentissage n’est pas différent de celui des jeunes valides. »

Du côté de la Ligue francophone, le développement du Para-hockey fait évidemment partie des priorités avec des valeurs essentielles de mixité, de partage et d’accompagnement. « Avec une petite centaine de joueurs, actuellement, nous avons atteint notre objectif de départ dans le cadre de notre réflexion stratégique, explique son secrétaire-général, Dominique Coulon. Notre ambition était de permettre à tous ceux qui le souhaitaient de pratiquer le hockey en fonction de ses qualités et de ses capacités. L’essentiel de ce projet est l’intégration par le sport. Il était également capital que nous puissions développer une offre plus large que celle qui existait dans le passé puisqu’il y a, actuellement, 8 clubs à Bruxelles et 5 en Wallonie qui accueillent les moins valides. Celle-ci est aujourd’hui suffisante. Nous travaillons à présent sur la promotion de la discipline mais aussi sur la formation des moniteurs et l’encadrement que nous pouvons leur offrir. »

Chez nos voisins néerlandais, qui possèdent une dizaine d’années d’avance, il existe plus de 80 clubs disposant d’une section Para-hockey. Et ceux-ci disputent, chaque week-end, des matchs de championnat. « Pour être tout à fait honnête, ce projet n’est pas dans nos cartons actuellement, conclut encore Dominique Coulon. Organiser une véritable compétition ne constitue pas une fin en soi. Nous restons très prudents vis-à-vis de la mise sur pied d’un championnat. Nous organisons souvent des tournois et des rencontres amicales et cela satisfait actuellement les joueurs. »

Laurent Toussaint, In Le Soir, samedi 23 mars 2019.

Photo : Joëlle Verbeeck.

Uccle Sport: «La mixité n’est pas un prétexte»

A quelques kilomètres du Wellington, Uccle Sport a, lui aussi, rejoint, il y a 6 ans, le contingent des 13 clubs francophones (Amicale Anderlecht, Parc, Daring, Wolvendael, White Star, Wellington, Ombrage, La Louvière, Old Club, Pingouin, Louvain-la-Neuve et Lara), qui offrent une section Para hockey. Mais l’objectif du club bruxellois va bien plus loin que la simple promotion de la pratique du hockey pour handicapés. « Chez nous, les enfants moins valides s’entraînent avec les valides, souligne Fabien Gillard, responsable de la section handisport et d’un projet social réunis sous le label « Sport2gether ». Cela fait partie de l’ADN de notre projet afin que chacun s’enrichisse de la différence de l’autre. Nous organiserons durant la 2e semaine des vacances de Pâques notre 5e stage mixte pour enfants de 6 à 12 ans. La mixité n’est pas un prétexte. Il existe un véritable objectif sportif derrière ce projet. »

Et c’est l’ensemble des enfants qui est gagnant avec cette formule. « Les moins valides sont infiniment heureux de pouvoir participer à une dynamique sportive avec des valides, poursuit le papa de Mano (12 ans) et Eliot (10 ans). Ils se sentent intégrés dans une structure bienveillante. Du côté des valides, certains sont sensibles à la cause en raison de leur histoire famille et il s’agit alors d’une démarche naturelle. Mais pour d’autres, il s’agit souvent d’un premier contact. Mais les liens se tissent rapidement. Ils se rendent compte qu’ils sont finalement assez semblables. »

Et le dimanche 7 avril, en prélude au Fan Day des équipes nationales, Uccle Sport, dont la structure Para hockey compte 7 enfants âgés de 6 à 14 ans, proposera une matinée avec de nombreux ateliers. Un moment de partage lors duquel les organisateurs souhaitent que chaque moins valide invite un/une amie à découvrir les joies de son sport. L.T.

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