Philippe Truyens : « « Il faut bien se faire à l’idée que nous ne jouerons plus jamais avec les A ! »

L’équipe belge a donc réussi à assurer l’essentiel à Berlin, le week-end dernier, au Championnat d’Europe indoor. Le maintien et une possible qualification pour la Coupe du monde 2021. Après un début de campagne catastrophique, les joueurs d’Alex De Chaffoy ont redressé la tête et corriger le tir. Mais cette expérience devra servir de leçon pour la suite de l’aventure et les prochaines échéances. Pour Philippe Truyens, le directeur des équipes nationales indoor, il est surtout important de garder le cap en tenant compte des réalités de la « salle » dans notre pays.

Philippe, quelle est ton évolution de cet Euro ?
« Il y a eu du bon, du moins bon mais aussi du très mauvais ! Quand on est vice-champion d’Europe, il faut avoir des objectifs assez élevés. Mais nous nous sommes rapidement rendus compte que l’Allemagne et les Pays-Bas possédaient un niveau bien trop élevé pour nous dans la poule. Pour cette année, en tous cas, c’est certain. Nous devions donc nous relancer et débuter un tout nouveau tournoi dans le groupe C pour éviter la relégation. Nous y sommes parvenus même si nous n’avons pas réalisé un très bon match face à l’Ukraine. Nous avons beaucoup discuté avec le staff et les joueurs pour trouver la solution et corriger le tir. C’est ce que nous avons fait face à la Pologne. »

Est-ce que l’absence des A (ndlr : Max Plennevaux, Tom Boon et Cédric Charlier étaient présent lors de la Coupe du monde indoor à Berlin, en 2018) a pesé si lourd dans la balance ?
« Probablement pas ! Et il faut bien se faire à l’idée que, dans le futur, nous ne jouerons plus jamais avec les A. C’est une évidence vu le calendrier international. Il faut donc se focaliser à présent sur une équipe à 100% indoor. Lorsque l’on regarde les autres nations, c’est déjà le cas. Il n’y a plus aucun joueur qui évolue en équipe nationale en outdoor, même dans l’équipe d’Allemagne sacrée ce dimanche. »

C’est donc le manque de préparation qui peut expliquer ces résultats en dents de scie ?
« Certainement. Mais il faut remettre cela dans le contexte et notre réalité. Nous n’avions pas assez de joueurs disponibles au moment d’entamer celle-ci. Pour disputer le tournoi préparatoire à Vienne, nous avons dû aller rechercher des joueurs que nous savions que nous ne reprendrons pas pour Berlin pour aligner une équipe compétitive. Il y a peut-être eu un manque de motivation ou autre chose. Je ne sais pas. Il faut que l’on retravaille là-dessus dès maintenant. Mais je pense, au final, que nous avons réalisé un bon tournoi si on tient compte de notre préparation. Nous n’aurions pas pu faire plus en tous cas. »

Photo : EHF/Frank Uijlenbroek.

Cela reste donc compliqué au niveau belge de composer une équipe indoor compétitive ?
« Il existe une mentalité un peu spécifique en Belgique. Si on prend par exemple les U21. S’ils n’ont pas la possibilité de partir en stage avec les A comme cela s’est passé cette année, en Australie, plusieurs m’ont dit très clairement, et je ne peux certainement pas les blâmer pour cela, je préfère rester à Bruxelles pour étudier. C’est une mauvaise période. Je comprends parfaitement qu’ils privilégient leurs études. Il faudra peut-être qu’on change notre fusil d’épaule par rapport à la sélection et aux demandes formulées par certains joueurs. Et que l’on privilégie, par exemple, des joueurs plus vieux qui sortent de l’’équipe A et qui pourraient être motivés de relever ce derniers challenge. »

Quelle sera, à présent, la suite pour cette équipe ?
« On possède encore une chance de participer à la Coupe du monde l’an prochain si le pays organisateur est Européen. ce qui pourrait convaincre certains à continuer une saison de plus. Sinon, on devra patienter jusqu’à l’Euro 2022. Ce ne sera donc pas simple de motiver tout le monde pour une échéance si lointaine. Mais il faudra pourtant se remettre au travail dès l’hiver prochain. C’est vrai que nos moyens ne nous permettent pas de faire ce que l’on veut et quand on veut. Mais voilà, on va essayer de mettre les choses à plat pour que nous puissions à nouveau être compétitifs dans un Championnat d’Europe. Si nous sommes parvenus, à Anvers, il y a 2 ans, à atteindre une finale, pourquoi ne pourrions-nous pas remettre cela dans le futur ? Nous n’allons en tous cas pas baisser les bras… »

Entretien : Laurent Toussaint (à Berlin).

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